Moi, Camille, 18 ans, pur produit de la génération Y

Quand on entend parler des jeunes, ce n’est pas par eux, mais par les autres : comme si les jeunes ne savaient pas parler d’eux-mêmes, comme si les mieux à même de comprendre la jeunesse, c’était ceux qui n’en étaient pas. C’est pourquoi il est nécessaire de donner notre vision de notre génération. Ce dont on parle de plus en plus en ces temps de crise, c’est du chômage des jeunes.

« 23,5 % des jeunes sont ainsi à la recherche d’un emploi dans l’Union européenne. Ce qui laisse présager une génération “perdue” »

On ne peut l’occulter, le problème du chômage des jeunes est un fléau auquel il faut remédier. Nos parents font partie de la dernière génération à pouvoir accéder à des postes importants, à grimper l’échelle sociale sans avoir nécessairement eu leur baccalauréat. Et aujourd’hui, quand vient notre tour, le bac n’est plus une finalité mais marque seulement le début de nos études, ce n’est pour la plupart que le premier d’un long panel de diplômes.

Et pourtant, pas d’emploi pour nous. On arrive avec tout notre bagage d’études, notre surabondance de diplômes, et au final, tout ça pour se retrouver à Pôle Emploi. Alors génération « perdue », peut-être pas, mais perplexe, désarçonnée et déstabilisée, pourquoi pas : même si je sais que je risque de me retrouver dans la même situation que tous les autres, je veux faire les meilleures études possibles, mais cela paiera-t-il ?

Ce sentiment de non reconnaissance de tous les efforts fournis, des études menées avec brio, par les employeurs, la société, m’oblige à travailler encore plus, mais il est très compréhensible que dans la tête de certains, cette crainte se transforme en « à quoi bon se tuer à la tâche ? ». Et c’est ça qui selon moi rend notre génération très paradoxale : d’un côté, la génération Y sait se mobiliser, sait défendre ses intérêts communs ; mais de l’autre, nous sommes obligés de nous livrer à une sorte de guerre sur le marché du travail, ce sera à qui a le petit détail, ce petit « truc en plus » que les autres n’ont pas.

Alors pour certains, la solution se trouve à l’étranger : il faut fuir la France, fuir ce contexte nauséabond pour mener à bien nos projets, nos vies.

« Au total, près de 2 millions de ressortissants français vivent à l’étrangerLa moitié de ces “exilés” ont un niveau minimum Bac+5 »

On a toujours cette image, cet espoir surtout, que le monde est mieux ailleurs : les études sont meilleures aux Etats-Unis, les offres d’emplois sont plus grandes au Royaume-Uni… Mais après tout, c’est le monde qui est en crise non ? La France serait-elle un îlot de pauvreté dans un monde qui se relève ? Pas si sûr… Alors que cherche-t-on vraiment en partant étudier hors de nos frontières : fuir l’économie française ou chercher plus d’autonomie ? Parce qu’aujourd’hui, les jeunes acquièrent leur indépendance de plus en plus tard. Mais si, ne vous voilez pas la face : vous n’êtes pas parti de chez Papa-Maman à 18 ans ?

Alors je pense que ce que l’on cherche vraiment en partant à l’étranger, en plus de faire de bonnes études, c’est cette espèce de liberté qui nous manque : même si on n’a pas un vrai chez soi, même si on est simplement dans un campus, on est sorti du cadre familial, on est libre de mener notre vie, nos études comme on l’entend. Je le sais car j’en ai fait l’expérience : j’ai voulu étudier en Angleterre, et je ne sais toujours pas dire si c’était seulement pour la qualité des universités, ou bien pour simplement changer d’air.

 C’est peut-être pour ça que les générations A, B, C, D, etc nous prennent pour des « glandeurs ».

Pour eux, la génération Y, c’est cette génération trop débridée, qui a trop de liberté trop vite, cette génération qui préfère sortir et entretenir son cercle social plutôt que de rester sur les chaises inconfortables de la bibliothèque jour et nuit, cette génération superficielle qui passe son temps sur son portable, son ordinateur…

On ne peut le nier : nous faisons tout ça. Mais de mon point de vue, ça n’est pas un signe de flemmardise, bien au contraire. Je dirai même que notre génération travaille plus que les générations précédentes, ce travail a juste changé de nature. En plus de mener à bien nos études (dont la durée moyenne s’est allongée par ailleurs), on mène un réel travail social.

Nous vivons aujourd’hui dans une société du spectacle, nous sommes obligés d’exister à travers les images, dire que nous sommes là pour exister réellement : si les seniors nous voient comme une génération de narcissiques, je pense plutôt que nous agissons comme on le doit dans la société contemporaine. La sociabilité est bien ce qu’il y a de plus important aujourd’hui, car elle nous permet de nous créer un réseau de connaissances : celui-ci, s’il est entretenu, nous sert presque d’ « instruments » dans notre vie étudiante et professionnelle.

La génération Y, loin d’être une génération de larves et flemmards, redouble au contraire de travail pour se donner tous les moyens nécessaires pour réussir dans le contexte économique et social actuel. Laissez donc parler les jeunes au lieu de parler pour eux : on ne les entend que trop peu aujourd’hui, que ce soit dans les rues ou dans les médias, alors même que la jeunesse représente 30% de la population française.

C.S.

(Pour plus d’articles par les membres de la génération Y, consulte le dossier spécial de Radio VL en cliquant ici ! )

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